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Le magazine de l'économie des sports outdoor

Eric Brèche, SNMSF « Nous nous acheminons vers une perte historique »


Président du Syndicat national des moniteurs du ski français (SNMSF) fait un premier point sur la situation. Sans remontées mécaniques ni ski de piste, et malgré la nécessaire adaptation des écoles de ski, le manque à gagner sera colossal.





En cette période de crise, quel mécanisme a été instauré par l’Etat pour indemniser les moniteurs de ski, et à quelle hauteur ? Et combien sont concernés par ce dispositif ? Les moniteurs de ski – 17 000 à l’ESF et 20 000 toutes écoles confondues – exerçant comme travailleur indépendant ont droit à une compensation de perte de leur chiffre d’affaires via le fonds de solidarité. Si cette perte est supérieure à 50 % par rapport aux revenus 2019, l’indemnisation est plafonnée à 10 000 euros par mois (Ndlr : somme calculée sur 12 mois et non imposable). Toutefois, il y a encore des trous dans la raquette, les moniteurs de ski pluriactifs ou qui étaient en inactivité l’hiver dernier ne sont pas éligibles. Notre syndicat se bat pour que tous soient logés à la même enseigne. Cette aide de l’Etat prévaut pour tout le corps enseignement, dont font aussi partie les guides de haute montagne, les accompagnateurs en montagne et les éducateurs sportifs.

Comment l’ESF s’adapte-t-elle sans remontées mécaniques ? Quelles initiatives ont été mises en place ? Si l’on s’en tient aux vacances scolaires, un peu moins de la moitié de nos moniteurs auraient travaillé dans les stations de ski, dont les taux de remplissage varient entre 20 et 50 %. Les remontées mécaniques sont fermées mais il existe néanmoins des dérogations, notamment pour les clubs de ski qui continuent de s’entraîner. S’y ajoutent les jardins d’enfants et les zones débutants équipées de tapis roulants. En parallèle, nous encadrons les activités nordiques comme le ski de fond, le biathlon, le ski de randonnée et la raquette à neige. Par chance, les stations françaises bénéficient d’un enneigement exceptionnel, favorable à ces pratiques. Seule limite, les stocks de matériel des magasins de sport car une fois épuisés, le client ne peut plus s’équiper et s’inscrire aux cours. Les directeurs des Ecoles du ski français (ESF) – et ils sont dans leur rôle – ont aussi su faire preuve de créativité et d’agilité en créant des mini snowparks ou des parcours freestyle ludiques en front de neige pour initier les jeunes à la glisse. Dans cette logique, et pour répondre aux attentes des clients venus à la montagne, l’ESF a lancé en février l’opération « Fais Ski Te Plaît ». Il s’agit d’une offre commerciale visant les familles : pendant que les enfants sont au club Piou-Piou, les adultes peuvent s’adonner à une pratique nordique encadrée par un moniteur de ski. Et ça marche car les Français, en cette période de Covid, ont besoin de souffler et de déconnecter du quotidien.


Aujourd’hui, quelle est la réalité économique ? En clair, à combien estimez-vous la perte de chiffre d’affaires à la fin de l’hiver ? A date, il est difficile de quantifier nos pertes sur l’hiver. Mais notre chiffre d’affaires 2020/21 ne devrait pas excéder, dans le meilleur des cas, 35 millions d’euros... quand l’hiver précédent nous affichions 290 millions ! Soit -85 % et une perte historique de plus de 250 millions. Déjà à Noël, nous n’avons réalisé que 10 % de notre activité et les perspectives pour février ne sont guère plus optimistes, autour de 10 à 15 %. Preuve que sans le ski alpin, la montagne est à l’arrêt. Nous devons plus que jamais soutenir le ski alpin qui reste le moteur de notre économie de montagne. Dans le futur plan de relance, il doit être supporté en priorité car lui seul permettra de développer d’autres pratiques. Sans argent, il n’y a pas de déploiement possible. Propos recueillis par Patricia Rey