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Le magazine de l'économie des sports outdoor

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  • Rédaction

Jean-Luc Boch, La Plagne : « Se diversifier l’été, c’est indispensable pour l’avenir »

Le maire de La Plagne, également président de France Montagnes et de l’ANMSM (Association nationale des maires des stations de montagne), livre à Outdoor Experts sa vision de la station multi-saisons et du développement des activités outdoor en montagne.


OXP : Fini le concept monolithique de la station... La montagne doit-elle être pensée dans sa globalité ?

Jean-Luc Boch : Aujourd’hui, la montagne est multi-saisons parce que les stations ont su créer les infrastructures adéquat, développées à l’origine pour et grâce au ski... et ce n’est pas un gros mot que de le dire. Dès lors, les stations ont été en capacité de recevoir de la clientèle de masse et en volume en période hivernale mais aussi l’été et sur les ailes de saison. Aujourd’hui, tout est fait – hébergement, restauration, activités, etc – pour accueillir la clientèle en hiver comme en été.


Un territoire multi-saisons veut-il dire aussi multi-activités ? L’intérêt est de mettre en avant tous les atouts d’un territoire. Côté activités, le VTT a le vent en poupe, et plus encore le VTT à assistance électrique (VTTAE) qui est juste un outil exceptionnel en montagne, tellement il permet de niveler les niveaux et de découvrir un territoire en famille. Pour cela, il faut créer des pistes et des sentiers spécifiques, différents de ceux des piétons pour éviter les conflits d’usage, comme on l’a fait à La Plagne. Nous avons également construit un bike park à Plagne Centre équipé d’un télésiège dédié, qui permet aux pratiquants de s’initier comme d’enchaîner les descentes avec, au programme, une douzaine de pistes (de la bleue à la noire) pour rester dans le ludique et progresser.


Justement, le business model du VTT est-il rentable ? Il l’est bien sûr, à partir du moment où tout le monde n’arrive pas équipé et loue son maté- riel sur place à un prix très raisonnable, accessible à tous.

N’y aurait-il pas un programme du VTTAE à mettre en place à l’échelle de la montagne, comme ce fut le cas pour le ski il y a 50 ans? J’en suis convaincu. L’engouement pour le VTTAE qui représente un quart des ventes de vélo (et le premier en chiffre d’affaires) en France est tel, que demain, ce sera 50 % !... Et cela va continuer à monter en puissance.

Des réflexions vont-elles dans ce sens ? Il n’existe pour l’heure aucune volonté commune. C’est encore du cas par cas, mais cela pourrait être vraiment intéressant. Quand on sait que le meilleur vecteur de développement du vélo en montagne, c’est le Tour de France, qui concentre 90 % des étapes les plus spectaculaires. Le vélo est aussi un excellent vecteur de communication... regardez l’Alpe d’Huez, qui est plus connue à l’étranger pour ses 21 virages à vélo que pour le ski !

Quelles sont les autres activités plébiscitées en station ? Avant toute chose, il y a la randonnée sous toutes ses formes, multi sites et multi difficultés, encadrée ou pas, pratiquée par le plus grand nombre. Il existe deux types de clientèles : les familles, qui dépensent à la mesure de leur budget – et la montagne l’été est beaucoup moins onéreuse, avec un panier moyen qui n’a rien à voir avec celui de l’hiver – et les sportifs, car la montagne estivale est physique si vous le décidez. Elle est le lieu de prédilection pour pratiquer les sports outdoor et un grand nombre d’activités comme les via ferrata, les via cordata, à l’instar de celle imaginée à La Plagne avec une ligne de vie continue pour découvrir la haute montagne en famille en toute sécurité... S’y ajoutent toutes les tyroliennes en fort déploiement. À La Plagne, nous avons aussi investi dans un stade de foot et de rugby à 2 100 m d’altitude en gazon naturel pour permettre aux équipes de s’oxygéner. Et ça cartonne car peu de stations en sont équipées en France... idem pour le pump track à Plagne-Bellecôte. D’ailleurs, on est en train d’être copié par toute la Tarentaise.

S’agit-il d’investissements engagés sous votre mandature ? Nous les avons décidés depuis que j’ai été élu maire en 2014. Ces développements ne sont possibles que s’il existe une réelle volonté politique. Il ne faut pas oublier que les communes, supports de stations, sont avant tout des vecteurs de bonheur... celui qui ne l’a pas intégré n’a rien compris ! Et tant pis si la rentabilité de ces équipements ne sera atteinte que dans quelques années.


Cette politique de « montagne toute saison » est-elle supportée par la municipalité ou est-elle aussi le fait d’autres acteurs ? Elle est supportée et financée par la mairie. Un office de tourisme est au service de la collectivité ; de la même manière, un exploitant de domaine skiable passe un contrat de DSP avec la collectivité. Les acteurs essentiels, rappelons-le, ce sont les élus et les maires. La gouvernance, c’est la mairie, en lien avec la volonté et le charisme de l’édile.

Alors que La Plagne est classée première station de ski au monde en termes de journées skieurs, vous avez néanmoins ressenti la nécessité de vous diversifier sur l’été... pourquoi ? Ce n’est pas nécessaire, c’est indispensable à l’avenir. Bien avant que l’on nous parle de transition, il y a de cela trois à quatre ans, nous avions déjà entamé des réflexions en ce sens. Les stations françaises n’ont pas besoin de trouver des idées ailleurs, elles les ont. Reproduisons ce qui marche, puisque les stations ne sont pas concurrentes mais complémentaires les unes des autres. En tant que président de France Montagnes, je suis heureux quand une petite station du Jura ou des Vosges fait le plein... c’est une clientèle que nous pouvons aussi capter, et inversement. Les grandes ont besoin des petites et des moyennes... c’est comme cela que ça marche.


Qu’en est-il des activités liées à l’eau ? L’eau est un vecteur très important l’été, dans une logique de bien-être avec le spa mais aussi de pratiques sportives, comme le canyoning, le rafting, le canoë qui restent très appréciées l’été, et plus encore quand il fait très chaud. On fait du sport dans l’eau, c’est grandiose. Les lacs sont également des destinations de balade pour pratiquer d’autres activités comme la pêche.

Pour autant, ces activités ne draineront jamais autant de monde que le ski... Pour le moment, très clairement, on n’a rien trouvé d’aussi facile et ludique que le ski alpin. Peut-être que dans le futur, d’ici 50 à 100 ans, avec le dérèglement climatique et la raréfaction de la neige, on inventera un mode de glisse alternatif aussi simple, qui remplacera le ski l’hiver mais aussi l’été. J’ai l’habitude de dire : on a toujours tort d’avoir raison trop tôt. Il faut être visionnaire, ce pourquoi je duplique ce qui est bien en France et à l’international.

Certaines stations sont-elles plus en avance que d’autres en matière d’offre estivale voire multi-saisons ? Et n’ont-elles pas intérêt à se démarquer pour éviter une standardisation ?

Certains territoires ont fait le choix de la continuité, d’autres non. Mais pour que les activités s’ancrent l’été, il faut s’inscrire dans la durée. C’est cette durée qui fait que les gens viennent et reviennent. Toutes les stations françaises sont à même de proposer un modèle hivernal et un modèle estival. Et si demain, toutes proposent les mêmes activités, ce n’est pas pour cela qu’elles n’auront pas de clients. Au-delà, nous devons développer la santé et le bien-être en altitude, c’est l’avenir. Il est scientifiquement reconnu que l’on vit plus longtemps et beau- coup mieux en altitude. La montagne est un booster naturel de forme !

Selon vous, qu’en est-il de la pérennité des petites stations ? Lorsqu’on a découvert l’or blanc, tous les villages, devenues des stations, se sont rués et ont voulu en profiter. Mais aujourd’hui, à 900 m d’altitude, exposées versant sud, c’est une aberration. Toutes ces stations, à plus ou moins long terme, sont condamnées. Et avec le dérègle- ment climatique, tout va s’accélérer.

D’autres pistes sont-elles explorées pour faire vivre la montagne à l’année et assurer son économie ? Le télétravail, qui s’est généralisé avec la pandémie, est une voie à explorer car il permet de faire baisser les lits froids. Encore faut-il que le gouvernement ne flingue pas le tourisme en créant des lois (en ligne de mire le rapport de l’IGEDD sur l’attrition des logements en zones tendues publié en mars 2023) qui vont à l’encontre de notre économie. Les élus demandent que le libre arbitre en montagne – un territoire dont il faut respecter les particularités – soit laissé au maire. Il ne peut pas y avoir une décision de Paris sur des territoires aussi divers.

Quel avenir ? Demain, la source de développement sera assurément l’été. Et économiquement, il y a tout à faire. Pour y parvenir, nous devons maintenir l’hiver et accélérer sur l’été, et cela sera possible grâce à l’argent du ski. Le nerf de la guerre pour financer la transition écologique.

// Propos recueillis par Patricia Rey


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