Le magazine de l'économie des sports outdoor

Christian Jacquier, SNGM « Les guides savent s'adapter »



L’été 2020 sera l’occasion de (re)découvrir la montagne autrement, dans un contexte inédit, loin des sentiers battus, plus en connexion avec la nature. Face au Covid-19, les guides de montagne vont devoir s’organiser différemment, ajuster leurs pratiques, réfléchir à des produits autres pour capter de nouvelles clientèles. Le point avec Christian Jacquier, président du Syndicat national des guides de montagne ( SNGM).


Outdoor Experts : À l’heure du déconfinement, prévu début juin pour les professionnels de la montagne, quelles propositions avez-vous faites aux services de l’État et aux élus ?

Christian Jacquier : Notre volonté était d’anticiper les décisions de l’État en étant force de proposition, avec dans l’idée d’avoir une attitude responsable en coconstruction avec les autorités. Nous avons transmis, le 22 avril, une série de propositions, que nous jugeons sérieuses et crédibles, pour favoriser une reprise la plus rapide possible, raisonnée et respectueuse des normes sanitaires. Pour cela, nous avons créé un groupe de pilotage constitué de spécialistes du SNAM, de la FFME, de la FFCAM et d’un guide médecin urgentiste (Pierre Müller) pour définir un cahier précis par activité : alpinisme, rando glaciaire, canyoning, randonnée… Nous avons aussi beaucoup échangé avec nos homologues autrichiens et suisses, plus en avance que nous sur le calendrier. Rien n’est insurmontable mais cela demande d’y être préparé. Les guides, par essence, savent s'adapter. Nous avons donc mis en place, il y a un mois, des formations en ligne à destination de nos membres pour qu’ils puissent, entre autres, se former à cette nouvelle organisation… formations qui s’accélèreront en mai. À fin avril, plus de 500 y ont participé sur les 1 500 adhérents. Preuve de la prise de conscience des guides.

OXP : Quelle adaptation face au Covid-19 ? Quelles sont vos préconisations ?

Ch.J. : Pour commencer, nous allons restreindre le nombre de clients par cordée, en limitant les groupes à 5 personnes, comme cela se fait déjà en Suisse. Avec un processus “Covid conforme“ établi par pratique. Au-delà, sécurité sanitaire oblige, nous allons nous réorganiser, réapprendre à faire un sommet en quatre jours au lieu de deux si les remontées mécaniques sont à l’arrêt ; monter et gérer des bivouacs si les refuges sont fermés ou drastiquement limités ; repartir à la découverte de sommets moins connus, plus éloignés et par définition moins fréquentés. À aujourd’hui, nous ne savons toujours pas si l’ascension du mont Blanc sera autorisée, et déjà les premières vagues de réservation en refuge lancées par la FFCAM affichent un taux de 80 %. Idem pour le Tour du Mont-Blanc, qui reste un produit phare l’été. S’il est, pour l’heure, limité à la France et à la Suisse, et non plus à l’Italie, il faudra imaginer de nouveaux itinéraires de randonnée.

OXP : Pensez-vous que la montagne estivale a une carte à jouer ? L’occasion peut-être de créer de nouveaux produits pour capter de nouvelles clientèles ?

Ch.J. : Après cette longue période de confinement, beaucoup aspirent à un retour à la nature. Si l’on s’en tient aux derniers discours, les Français voyageront moins loin et reviendront en montagne pour ses grands espaces, s’oxygéner, faire du sport, se retrouver en famille et entre amis... Une opportunité que nous devons saisir. Plusieurs pistes sont à l’étude : imaginer de nouvelles activités en fonction de ce qu’il sera possible de faire, anticiper les aspirations des populations urbaines et des familles en ciblant plus de produits qui leur correspondent comme, par exemple, la rando escalade, la rando aquatique… autant d’activités accessibles à tous et qui ne réclament pas une condition physique spécifique. En parallèle, nous mettrons l’accent sur des sorties à la journée ou avec proposition de bivouac ou d’hébergement en vallée du fait de la distanciation physique à respecter dans les refuges… Pourquoi ne pas prévoir aussi des déjeuners en refuge pour réenclencher la machine et faire en sorte que cela profite à tout l’écosystème de la montagne.

OXP : Une montagne “comme avant“, plus responsable et plus verte aussi. Encore faudra-t-il garder le cap ?

Ch.J. : Nous avons prévu de faire des retours d’expérience (REX) et un suivi après le déconfinement, et en concertation avec les guides de l’arc alpin pour, et c’est le but affiché, inscrire nos actions et les bonnes pratiques dans le temps. Et ce, à une période où la montagne est fragilisée sous l’effet du réchauffement climatique. Une montagne qu’il nous faut préserver.


Propos recueillis par Patricia Rey

©photo SNGM