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  • Rédaction

Textile : la biofabrique du futur

Les nouvelles technologies, notamment biotech, promettent un avenir où bactéries, enzymes et micro-algues fabriqueraient fibres, colorants et finissages textiles dans de grandes cuves de fermentation.



Le pouvoir des micro-algues

L’entreprise californienne Checkerspot mise sur
les micro-algues pour produire des huiles pouvant remplacer celles que l’on tire du pétrole.
 La start-up d’Alameda, fondée en 2016, ne cherche pas à développer des substances pour le secteur des biocarburants ni du médical, mais plutôt à fabriquer des produits pour d’autres industries, dont le sport et le textile. La firme collabore avec la jeune marque de skis, WNDR Alpine, dont certains composants sont dérivés d’algues. Son premier partenaire dans le textile, Beyond Surface Technologies, commercialise des finissages adoucissants depuis plusieurs années. Checkerspot travaille également avec W.L. Gore pour développer un apprêt déperlant, voire plus, par la fermentation des micro-algues et donc sans PFC. Avec la perspective d’une interdiction des substances fluorocarbonées, la demande pour ce type de produit pourrait être importante.


Des colorants biotech

Nombre d’entreprises cherchent à faire fabriquer des colorants pour l’industrie textile par des bactéries. Pili Bio, en France, a obtenu de nouveaux financements qui doivent lui permettre de passer à la phase d’industrialisation. La start-up bénéficie également du soutient de l’Etat français et fait partie du plan de relance visant à relocaliser des activités industrielles stratégiques. Son but est de valoriser des ressources renouvelables locales (biomasse non alimentaire présente sur le territoire français de type pailles, huiles, mélasses), pour réduire la dépendance de l’industrie sur les matières fossiles. La société Colorifix, en Grande-Bretagne, développe un procédé biotech capable non seulement de produire les colorants mais aussi de les fixer sur le tissu, d’où son nom. H&M a présenté les premiers vêtements ainsi teints dans une collection capsule ce printemps. Autre start-up dans cet univers, Living Ink, aux USA, transforme des déchets de la production de micro-algues pour fabriquer des encres et pigments pour le papier et le textile. Patagonia a adopté ses encres à bilan carbone négatif pour imprimer ses étiquettes et la marque high-tech Vollebak a créé un T-shirt teint en pigment noir. Avant de mettre au point les autres teintes de l’arc-en-ciel, la jeune pousse biotech a commencé par commercialiser le noir pour offrir une alternative moins nocive au noir de carbone cancérigène.


La soie d’araignée

Tandis que la production des substances chimiques par le biais de la biologie synthétique semble être en bonne voie, la fabrication de fibres paraît plus compliquée. Au delà de quelques prototypes et séries limitées, les firmes AMSilk, en Allemagne, et Bolt Threads, aux USA, semblent rencontrer des difficultés à industrialiser leurs fibres respectives, Biostee et Microsilk. Le Japonais Spiber paraît plus avancé dans la production de fils protéiniques proches de la soie d’araignée. La start-up collabore avec des marques dans la mode et le sport, notamment The North Face, et présente régulièrement de nouvelles versions de son fil appelé Brewed Protein. Le couturier japonais Yuima Nakazato, exploite les propriétés de rétraction du fil biotech dans ses collections qu’il présente à Paris depuis plusieurs saisons. Spiber est passé à la phase d’industrialisation et a inauguré une première usine en Thaïlande ce printemps. La firme s’est également associée, en 2020, avec ADM, un spécialiste de la fermentation basé aux Etats-Unis, pour augmenter la capacité de production de cette fibre inédite. L’avenir est en marche.

// Sophie Bramel


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dans Outdoor Experts n°212, octobre 2021

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