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Les Templiers : la course des pionniers

Les « Templiers » tiennent une place à part dans l’univers du trail-running.

En effet, pour bon nombre d’observateurs des sports outdoor, 1995 et la Grande course des Templiers marquent la renaissance du « trail ». Le point sur la 25e édition avec Gilles Bertrand, fondateur de l'événement.


Quelques repères :


Certes, le fait de courir sur les chemins,
dans les sous-bois ou sur les sentiers de 
montagne, a existé de tout temps.
 Des épreuves comme la Western States (1977), le Marathon des Sables (1986), le Grand Raid de La Réunion (1989) ou encore la 6000D (1989), font figure de précurseurs. Plus loin dans le temps, la course du Canigou (Pyrénées-Orientales), créée en 1905 par le CAF, peut être considérée comme la plus ancienne épreuve de montagne d’Europe toujours en activité...

Certes, la course de la Voie Romaine, en Ardèche, a elle aussi vu le jour en 1995, avant d’être rebaptisée deux ans plus tard l’Ardéchois Trail et de s’affirmer aujourd'hui comme une épreuve référente du calendrier. Pour autant, les Templiers, par la dynamique qui s'est créée autour de l'événement, ont véritablement été l’étincelle qui a déclenché le « boom » du trail dans l’Hexagone. Sans oublier le rôle actif du mensuel VO2 Mag, également créé par Gilles Bertrand et Odile Baudrier, dans la promotion de l’événement et de la discipline en général.



La nouvelle vague

Une multitude de nouvelles épreuves ont éclos dans la décennie qui a suivi la création des Templiers, dont l’emblématique UTMB (2003). Si les projecteurs sont aujourd’hui braqués sur le majestueux tour du Mont-Blanc, il serait toutefois restrictif de résumer le trail à la montagne et à l’ultra distance. A l’autre bout de l’Hexagone, le Trail de Guerlédan (1999) nous rappelle que la Bretagne est, elle aussi, une terre pionnière du trail.

Aujourd’hui, de la Côte d’Azur à la Côte d’Opale, il n’est plus un département qui ne compte sa course de trail et cela dans une grande variété de formats et profils comme ses initiateurs l’avaient imaginé. Tandis que des courses apparaissaient, d’autres ont modifié leurs parcours pour privilégier les sentiers au bitume, à l’image de la Saintélyon.
 Et dans ce creuset bouillonnant du trail, la Grande Course des Templiers, avec ses 78km et 3 640m+ de dénivelé, a longtemps été considérée comme le championnat officieux de la discipline, jusqu’à la création par la FFA d’un circuit national (TTN) puis d’un championnat de France officiel.
 Le fondateur du Festival des Templiers, Gilles Bertrand, explique la genèse de l’événement et l’évolution de la pratique dans son ensemble.


Comment le nom « trail » et la discipline, telle qu’on la connaît aujourd’hui, sont-ils apparus dans l’Hexagone ?


Gilles Bertrand : « Personnellement, j’ai découvert la discipline aux Etats-Unis à la fin des années 80. Nous étions partis en reportage avec Odile pour couvrir le Leadville Trail dans le Colorado et la Western States en Californie. Le mot trail était employé pour son sens générique de chemin, mais il ne définissait pas la pratique en tant que telle. La discipline était associée à l’univers de l’ultra running et des 100 miles. Nous avons popularisé le mot trail en France à travers le magazine VO2 et la course des Templiers, qui a eu comme premier partenaire Adidas. Il faut souligner que la marque a joué un rôle crucial pour le développement de l’activité dans l’ensemble de l’Hexagone. Dans ces années-là, Adidas était impliqué dans l’outdoor à travers le raid-aventure. C’était la grande époque des raids et la marque avait même sorti une chaussure dédiée. Mais la directrice marketing d’Adidas de l’époque avait tout de suite perçu le fort potentiel du trail, alors que le raid était limité dans son développement par sa technicité. Dès le départ, la vision que nous partagions du trail et des terrains de pratique était très large. Pour populariser l’activité, nous avons réalisé dans VO2 Mag plusieurs articles sponsorisés par Adidas sur des parcours d’entraînement dans toute la France, aux portes des villes. »


N’avez-vous pas songé à déposer le nom « trail », à l’instar de l’organisation de l’UTMB qui a protégé le nom Ultra Trail ?


« Ce n’était pas notre philosophie. L’idée était au contraire de populariser le nom autant que la pratique. Il était pour nous évident qu’il fallait le laisser open source afin que chaque organisateur se l’approprie ».


En plus des Templiers, quels ont été les principaux acteurs du développement du trail au fil des ans ?


« Je dirais que la pratique du trail s’est construite sur trois grandes pierres et sur de nombreuses autres de toutes tailles. La première a donc été posée par les Templiers avec Adidas, ce qui a donné son orientation actuelle. La seconde grande pierre a été apportée par Salomon, qui a dynamisé et organisé l’activité en sponsorisant un team d’athlètes et en créant un circuit. On doit aussi à Salomon l’arrivée de Kilian Jornet, qui a donné un coup de jeune à la discipline. Et très vite, est aussi arrivé Asics, ce qui a créé une saine émulation entre les marques et la mise en place de toute une économie autour du trail.

La troisième grande pierre a été apportée par l’UTMB, qui a grandement contribué à la notoriété de la discipline, en partie aussi grâce aux victoires de Kilian Jornet.

Il ne faut pas non plus négliger l’apport de la FFA dans la structuration et la reconnaissance officielle de la pratique, avec la création du TTN puis d’un championnat de France.

Enfin, chaque organisateur de course a apporté localement sa pierre à l’édifice, permettant à la pratique de prendre assise sur l’ensemble du territoire avec de solides bases. En France, et peut-être à la différence d’autres pays européens où l’activité s’est développée par la suite, le trail se pratique partout, sans distinction de dénivelé ou de difficulté. Il est facile de trouver une épreuve ou bien de s’entraîner près de chez soi. Cette grande variété de courses et cette proximité géographique, ont rendu l’activité accessible à tous. C’est cela qui a fait son succès. Si le trail avait été restreint à une activité de montagne, il n’aurait jamais pris cette ampleur. D’autant que les exploits en montagne fascinent mais, en même temps, la montagne continue de faire peur au grand public. »


Le monde du trail ne cultive-t-il pas cette image de difficulté ?


« Comme partout, il faut des épreuves pour les plus aguerris mais aussi d’autres pour les débutants. Nous avons été les premiers aux Templiers à proposer plusieurs courses pendant l’événement et nous avons d’ailleurs été beaucoup critiqués pour cela. Au début, nos détracteurs ont qualifié les Templiers de supermarché, estimant notamment qu’une épreuve de 10km n’était pas du trail. Finalement, aujourd’hui, il devenu normal pour toute organisation de proposer différentes distances sur un même événement. Cela permet à tout le monde d’aborder la discipline quel que soit son niveau et c’est justement ce fourmillement qui génère cette forte dynamique autour du trail. »


Alors que la création de courses semble être arrivée à maturité, à combien estimez-vous le nombre de trails en France ?


« Il est difficile de chiffrer le nombre de trails. Parle-t-on d’événements ou d’épreuves ? Mais ce qui est certain, c’est que le trail a profondément modifié le paysage de la course hors-stade. Aujourd’hui, sur globalement 5 000 épreuves hors-stade, le trail est devenu majoritaire. Beaucoup de petites courses sur route ont disparu ou ont été remplacées par des épreuves de trail. La tendance est bien réelle. »


Ressentez-vous toujours un clivage entre trail et route ?

«Cela fait partie de l’histoire ancienne, aujourd’hui il n’y a plus de clivage entre route et trail. Au contraire, je dirais qu’il y a une grande porosité entre les deux univers. De nombreux coureurs ont désormais une paire de chaussures pour la route et une autre pour les chemins. Beaucoup de runners s’essayent au trail et continuent à pratiquer les deux en parallèle. »


Quelles ont été les grandes dates qui ont jalonné l’histoire du Festival des Templiers ?


« En 1999, nous avons créé l’Endurance Trail, une course de 120km pour célébrer la 5e édition. C’est l’épreuve pionnière des grands trails en métropole avant la vague des ultras. En 2004, nous avons lancé La Templière, un trail découverte de 8km pour contribuer au développement de la pratique féminine. Dans ce même esprit de rendre le sport accessible, nous avons créé en 2006 la Puma Trail (18 km) et cela a été le déclic pour proposer progressivement plusieurs autres distances.

Mais la grande étape ce fut l’arrivée à Millau en 2010, cela a permis de faire exploser l’événement. Le village de Nant, qui accueillait l’épreuve depuis sa troisième édition, était arrivé au maximum de sa capacité. Les coureurs ont découvert le territoire exceptionnel des Grands Causses. »


Combien de coureurs et coureuses attendez-vous cette année sur le Festival des Templiers?


« Nous sommes à 11 000 inscrits sur l’ensemble des épreuves, auxquels il faut ajouter 2 150 participants à La Belle de Millau, une charity race qui est venue étoffer le programme. Le taux de non-partants varie habituellement entre 10 et 15 %. L’année dernière, nous avons enregistré 8 700 partants pour 7 900 classés à l’arrivée. »


Ce qui fait un taux d’abandon plutôt faible...

« Effectivement, et cela correspond à notre philosophie. Mon objectif premier est de rendre les coureurs heureux. Cela passe par la conception des parcours, la beauté des paysages, la qualité des services et par une organisation globalement bienveillante. Nous avons ainsi mis en place des itinéraires de déroutage sur certaines épreuves afin de permettre au plus grand nombre de passer la ligne d’arrivée. Sur les plus longues distances, nous essayons d’avoir une gestion un peu plus humaine des barrières horaires. Les coureurs connaissent les règles du jeu mais on sait l’énorme frustration que cela génère. Alors nous desserrons un peu l’étau pour faire baisser l’agressivité. Il faut trouver le moment où il n’y a plus de contestation possible. Encore une fois, le trail doit rester du plaisir, il faut cultiver cette philosophie. Faire les choses sérieusement mais avant tout dans la bonne humeur ! » /// EG


Les Templiers 25e édition

Millau 
17 au 20 octobre 2019


14 épreuves
13 000 inscrits


Salon du Trail :
2600 m2

120 exposants


45 000 visiteurs


Top sponsor : Endurance Shop
 by Go Sport


Budget d’organisation : 1,1 M€


Templiers 1995

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