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Aymeric de Rorthays, Au Vieux Campeur : « un impact colossal »

Au moment où le milieu de la montagne traverse une crise sans précédent, le directeur général du Vieux Campeur fait un point sur la situation de son enseigne.



Comme redouté, le gouvernement a décidé de ne pas rouvrir les remontées mécaniques au 1er février, faisant craindre aux professionnels du secteur « une saison blanche. »

Comment avez-vous accueilli cette décision ? Nous avons eu un petit espoir pendant quelques jours, mais c’est retombé aussi vite... C’est assez violent car si l’activité ski de randonnée nous apportait du business en novembre et décembre, ce qui fait le chiffre à cette période de l’année c’est bien le ski de piste. Et là, c’est terminé ! Que ce soit en vêtements ou en matériel, rien ne se vend. Concrètement, le ski de randonnée a progressé de 50% chez nous mais dans le même temps, le ski de piste s’est écroulé à -90% voire -95%. Donc le calcul est vite fait...

Cette progression du ski de randonnée et les excellents chiffres de la raquette à neige ne vous permettent donc pas de compenser ?

Plus maintenant. C’était vrai en décembre, au moment où le ski de piste ne représente qu’une partie « limitée » de notre activité. Là, oui, la progression du ski de randonnée compensait largement. Mais en janvier, et encore pire en février quand le ski de piste domine largement, ce n’est plus du tout le cas. Quant à la raquette, le segment a lui aussi profité de ce contexte. Les progressions ont été incroyables en décembre et janvier (+60%). Il y a même eu beaucoup de ruptures de stock mais les fournisseurs, notamment TSL, ont su être réactifs pour pouvoir alimenter le marché en janvier et février. Nous avons eu de la marchandises à vendre ! Il s’en est tellement vendu que la question se pose aujourd’hui pour l’avenir de la raquette...

C’est-à-dire ? Cela pourrait-il selon vous porter préjudice au marché ? Il a dû s’en vendre pour trois ou quatre ans, forcément il va y avoir un rebond négatif car les consommateurs sont largement équipés. D’autant que c’est un produit qui ne s’use pas et sur lequel l’innovation technique est quand même assez limitée.


Vous avez également enregistré une explosion de vos ventes de matériel de randonnée (tentes, sacs de couchage, chaussures de randonnée) avec +90% de croissance... Oui, surtout en novembre et un peu en décembre. Puis cela s’est arrêté car il y avait beaucoup trop de neige pour pratiquer la randonnée « classique. » La rando sous la tente, ce n’était plus possible ! Mais depuis mi-février et le retour du beau temps, le segment repart à fond, notamment pour ce qui est des chaussures de randonnée.

Concrètement, quel est l’impact de cette crise pour votre enseigne ? En plus de la fermeture des remontées mécaniques, ce qui est dramatique pour nous c’est la fermeture des salles d’escalade -le segment des chaussons d’escalade avait explosé ces dernières années- et l’impossibilité de voyager. C’est une perte de 15 millions d’euros sur l’exercice précédent (nous sommes à cheval entre deux années civiles, de septembre à septembre). C’est colossal ! Cela représente environ 15% de notre CA global. Le mois de janvier n’a rien à voir avec la fin d’année 2020, il a été terrible : les familles de produits qui étaient en difficulté en novembre et décembre le sont encore plus aujourd’hui, et les familles qui s’en sortaient bien ne progressent plus. Seul le ski de randonnée continue de fonctionner mais sur une vingtaine d’activités, c’est n’est pas suffisant.

Comment appréhendez-vous la suite ? La question est de savoir s’il y aura ou non des confinements. Je suis assez confiant si on échappe à ça car le secteur de l’outdoor devrait continuer sa progression. En revanche, en cas de reconfinement, nous ne maîtrisons rien. C’est vraiment très difficile de se projeter dans cette période.

Dans ce contexte particulier, vous avez néanmoins enregistré une forte croissance de vos ventes Web. Une satisfaction ? En effet, nos ventes en ligne ont augmenté de +65% en novembre dernier et nous tablons sur une progression globale de +35% sur l’année 2020, ce qui représente 10% du CA contre 5% en 2019. La fréquentation Web progresse, tout comme le taux de conversion. Sur le marché français, le Vieux Campeur est aujourd’hui numéro 1 de l’outdoor sur Internet. Mais là aussi, le confinement ralentit les ventes. Cette impression que le Web bénéficie de la fermeture des magasins est fausse selon moi car si les consommateurs ne peuvent pas pratiquer, ils n’achètent pas, Internet ou pas. Et ça, on l’a vu à chaque fois : à chaque début de confinement, les ventes en ligne ralentissaient pendant quelques jours.

Existe-il une différence dans les comportements de consommation entre vos magasins selon la région ? Ce sont les produits qui font la différence : à Thonon par exemple, l’explosion du ski de randonnée est encore plus spectaculaire qu’à Paris. Paris où la chute est bien plus importante quand vous ne vendez plus de textile.

Autrement dit, vos magasins de la Capitale souffrent plus que les autres ? Tout à fait, à cause de l’absence de fréquentation du commerce à Paris. C’est clairement à cause de ça et de rien d’autre !


Propos recueillis par Thomas Héteau