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Membranes : l’électro-filage prend son envol

Ultra fines, souples, silencieuses et affichant une respirabilité augmentée par leur structure non-tissée, les membranes électro-filées commencent à s’imposer pour des usages intenses.


©Scott Sports


Finesse, extensibilité, grande perméabilité à l’air pour booster la circulation de flux d’air et mieux évacuer l’humidité et la chaleur : ce sont les caractéristiques techniques de la nouvelle membrane électro-filée Dryospun que Scott Sports a choisi d’exploiter dans une collection capsule pour le ski de rando, Line Chaser. « Cette technologie crée une structure poreuse très perméable à l’air qui va commencer à réguler la température corporelle avant même que l’utilisateur ne commence à transpirer », explique Rodolphe Janiszewski, chef de produit textile chez Scott Sports.

L’électro-filage, electrospinning en anglais, est une méthode de filature par voie électrostatique qui transforme un polymère liquide en fins filaments. Ces filaments se déposent sur un tapis roulant pour former une structure non-tissée. Cette technologie permet d’ajuster la densité des fibres et ainsi moduler les performances de la membrane. Utilisée à l'origine dans la filtration, cette technologie a fait une première apparition dans le vêtement de sport chez Polartec qui l’avait employée dans sa gamme NeoShell en 2010.


©Polartec Neoshell


Plus tard, en 2019, The North Face a relancé le concept en adoptant une membrane électro-filée, baptisée Futurelight. Dans ces deux cas, la légèreté et la respirabilité du laminé étaient mises en avant comme promesses d’un confort au porter que les membranes extrudées classiques ont du mal à égaler. Ainsi, la membrane de The North Face - dont le fabricant serait selon nos sources sud-coréen - est composée de nanofilaments enchevêtrés (mesurant moins de 150 nm) formant une structure ouverte qui est 25% plus poreuse qu’une membrane microporeuse selon la marque américaine.


©TNF Futurelight


« C’est l’effet ‘waouh’ que nos clients ont particulièrement apprécié en découvrant la gamme », note Rodolphe Janiszewski. L’ensemble veste et pantalon de Scott ne pèse que 700 grammes. Le laminé revendique également une approche éco-responsable par le choix d’un tissu extérieur et d’une doublure en polyester recyclé et d’un finissage déperlant sans PFC. Sans révéler le nom du fabricant, Scott a choisi de privilégier une haute respirabilité et une bonne protection contre le vent. Mais pour obtenir ce type de performances, idéales pour les sports générant une forte sudation, la membrane ne peut pas être hyper imperméable. Dryospun affiche néanmoins une protection de l’ordre de 8 000 et 10 000 mm (hauteur de colonne d’eau), suffisant pour bloquer la pluie et la neige, précise le chef de produit. Les membranes électro-filées n’ont pas que des avantages, leur fabrication notamment est plus lente que l’extrusion, et l’opération de contrecollage au tissu extérieur et à la maille intérieure est plus compliquée. « Construite par la projection de filaments liquides, il est difficile d’obtenir un flux constant sur des milliers de mètres », note Rodolphe Janiszewski. C’est pour cette raison que la marque a décidé d’indiquer une fourchette relativement large pour l’imperméabilité. On notera que The North Face n’avait pas jugé utile de communiquer sur l’imperméabilité de FutureLight à son lancement.

L’arrivée de nouveaux fournisseurs pourrait booster le développement de l'electrospinning sur le marché. Le tisseur suisse Schoeller commercialise la membrane nano-filée Aerobrane, adoptée par la marque new-yorkaise Outlier. La société singapourienne NTX, spécialisée dans les équipements pour l’industrie textile, vient de lancer sa propre technologie d’électro-filage. Son procédé e-Nanofiber, forme un film non-tissé sans buses ni aiguilles et serait 7 à 8 fois plus rapide, selon l’entreprise. NTX prévoit son lancement par une marque de sport d’ici la fin de l’année 2021.


// Sophie Bramel