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  • Rédaction

Dominique Thillaud, Compagnie des Alpes « Il est primordial de relancer l’activité »


Saisons, transition, diversification, le point avec Dominique Thillaud, directeur général de la Compagnie des Alpes (CDA), leader mondial de l’exploitation des domaines de montagne avec onze stations, dont La Plagne, Les Arcs, Tignes, Val d’Isère, Méribel, Les Menuires, Serre Chevalier, Grand Massif…



Avec la fermeture des domaines skiables, le groupe a plongé dans le rouge. Quel est le manque à gagner ?


« En raison de la Covid, nos pertes s’affichent à 800 millions d’euros sur dix-huit mois. Le chiffre d’affaires, publié le 30 septembre 2021, chute à 240,60 millions d’euros, en repli de 61 % sur un an, alors que d’ordinaire il s’établit autour de 800-850 millions, voire plus. Les remontées mécaniques (-97 %) ont été plus sévèrement touchées que que les parcs d’attractions (-4,5 %). Toutefois, la maîtrise de nos charges nous permet en partie de compenser et d’absorber plus de 30 % des pertes. Par ailleurs, nous avons signé deux PGE, l’un de 200 millions d’euros, l’autre de 269 millions. L’État nous a aussi indemnisé à hauteur de 165 millions au titre des remontés mécaniques. Et pour finir, nous avons procédé, en juin, à une augmentation de capital, non pas pour éponger nos dettes, mais pour financer la relance. »


Quelles sont les tendances à quelques semaines de l’ouverture des stations ?


« Jusqu’à présent, les clients tardaient à réserver mais les récentes annonces de Jean Castex vont créer un climat de réassurance, qui était absolument nécessaire. Quant à la clientèle étrangère (40 % de nos clients), elle ne reviendra pas dans l’immédiat et une incertitude pèse toujours sur la clientèle britannique.»


Comment comptez-vous rebondir et renouer avec une croissance rentable et pérenne ?


« Il est primordial de relancer l’activité et d’accélérer nos investissements pour doper notre attractivité. À l’heure actuelle, et au vu de la concurrence, qui ne se résume pas uniquement à celle des pays alpins comme l’Autriche, la Suisse et l’Italie, nous devons nous remettre en cause et nous réinventer. Cela se matérialise par le développement de nos activités sur l’été en y dédiant des fonds, pour attirer de nouvelles clientèles, qui ne sont pas amatrices de montagne, afin de leur faire découvrir d’autres activités comme les sports nautiques - en projet au col de la Forcle à La Plagne -, les tyroliennes (celle des Arcs à l’aiguille Rouge sur 200 m sera bientôt inaugurée), ou encore le VTT électrique… C’est, pour cette raison, que nous avons repris Evolution 2, réseau d’écoles et d’activités outdoor, pour gagner en compétence dans ce domaine et offrir un large choix d’activités outdoor et indoor de sorte à être moins météo-dépendant. »


Vous avez d’ailleurs annoncé que l’été représentera 30 % de votre chiffre d’affaires d’ici dix ans… quel va être votre business model ?


« Tout d’abord, nous allons investir massivement, à hauteur de 50 millions dans les cinq prochaines années. Notre volonté est de développer l’attractivité de nos sites, tout en préservant la montagne - sans quoi on scie la branche sur laquelle on est assis - pour sortir du tout ski et prôner des activités toute l’année, loin de la virtualisation. Dans ce sens, nous avons lancé, il y a maintenant un an, un projet pilote dans les stations du Grand Massif, à savoir Flaine, Morillon et Samoëns, via la création de camps de base dédiés aux enfants, aux adolescents et au bien-être. Une fois le projet abouti, nous allons le dupliquer en fonction des sites que nous ciblerons. Deux autres stations seront concernées en 2022, en concertation avec les maires, qui restent les seuls décisionnaires. Nous mettrons les moyens qu’il faut pour rendre ces projets possibles, surtout en sortie de crise. »


Quels leviers allez-vous actionner en matière de transition des stations ?


« La Compagnie des Alpes s’engage à atteindre l’objectif zéro carbone d’ici 2030. Dans un premier temps, nous agirons sur nos émissions directes en ciblant l’optimisation énergétique des bâtiments et le damage, ce dernier étant responsable de 90 % des émissions de CO2. Pour y parvenir, nous avons beaucoup investi dans la mise au point d’une dameuse 100 % électrique et française, en partenariat avec le spécialiste CM Dupon à Pontcharra. La première sera opérationnelle cet hiver, avec prolongateur d’énergie électrique ou hydrogène (à condition qu’il soit vert). Après la période de test, la solution la plus performante et durable sera déployée sur l’ensemble de nos sites (11 domaines skiables), ce qui représente 150 dameuses. Viendra ensuite le moment d’agir sur les émissions indirectes, avec dans le viseur le transport. L’idée est d’acheminer les skieurs, non pas en avion, mais en train. Comme nous venons de le faire avec le Travelski Express, en remettant le train sur les rails entre Londres et Bourg-Saint-Maurice/Les Arcs, après avoir signé un accord avec Eurostar. Il faut que tout le monde s’y mette mais cela signifie aussi prendre des risques. »


Propos recueillis par Patricia Rey